1) Un soir de pluie à Binza, et un message qui brûle dans la poitrine
Blaise a 34 ans. Un soir de saison des pluies, dans sa parcelle de Binza à Ngaliema, il tourne en rond pendant que la pluie frappe les tôles comme si Kinshasa pleure avec elle. Il travaille, il se bat, il gagne bien sa vie : factures payées, gestes pour la famille, capacité de tenir un foyer sans faire semblant.
Il porte aussi une histoire ancienne. Adolescent, il devient père “par accident”. Sa fille a 18 ans, elle vit avec sa mère du côté de Matete. Blaise ne renie pas son enfant : il participe, il reste présent comme il peut, mais il n’est plus en couple avec la maman. Il a appris à avancer avec cette trace-là.
Puis il rencontre Prisca. Elle a 23 ans, étudiante à l’UNIKIN, vive sans arrogance, sérieuse sur ses cours. Elle vit chez ses parents à Lemba, dans une famille modeste, sans cinéma ni pression. Blaise est touché par sa sobriété : elle ne joue pas à “tester” son portefeuille. Depuis dix mois, ils construisent une relation stable. Les parents de Prisca savent qu’il existe, savent qu’il a une maison, une situation. Ils ne demandent rien ; Blaise donne quand il juge cela normal : un sac de riz, un geste de respect, un soutien ponctuel.
Et comme la famille de Prisca parle de “stabiliser” leur fille, Blaise se dit que le moment est venu de parler du futur.
2) Prisca est douce, mais ferme sur sa dignité
Blaise aborde le mariage avec sérieux. Pour lui, quand on aime, on anticipe. Il pense que Prisca est sur la même longueur d’onde… jusqu’au moment où il explique comment ça se passe dans sa famille.
Il décrit calmement la règle : avant d’épouser une femme, elle doit vivre quatre ans avec sa mère. Pas pour être humiliée, dit-il, mais pour que sa mère observe son caractère, sa patience, son respect, sa capacité à tenir une maison. Chez eux, c’est une “étape” qui a déjà concerné les femmes de ses frères aînés.
Prisca écoute, respire… puis refuse. Sans cris. Sans théâtre. Elle refuse nettement.
Elle dit qu’elle ne veut pas vivre en cohabitation floue, encore moins sous le regard permanent d’une belle-mère, pendant quatre ans, sans statut clair. Elle ajoute une peur qui glace Blaise : être “testée”, puis abandonnée, remplacée par une plus jeune. Ou être jugée après un accouchement, comme si son corps pouvait devenir une excuse.
Blaise se sent piqué. Il se dit : Pourquoi elle imagine le pire alors que je la respecte ? Mais il voit aussi que sa peur est réelle : elle parle pour se protéger, pas pour provoquer.
3) La règle de la famille : “quatre ans avec maman, ou rien”
Dans la famille de Blaise, la tradition pèse lourd. On répète que ces règles protègent le mariage. Sa mère est réputée dure mais juste : elle ne tolère ni impolitesse, ni paresse, ni manque de respect. Pour elle, “le mariage se vit avec le caractère”.
La famille accepte parfois une exception, mais selon des critères que Blaise trouve difficiles à porter : on parle de “femme sans histoire”, on évoque même la virginité comme condition qui pourrait accélérer le mariage. Blaise est mal à l’aise, parce qu’il a un passé lui-même : il est déjà père. Il se demande comment exiger d’une femme une preuve que lui-même ne peut pas brandir.
Prisca, de son côté, a été honnête : elle a eu une relation avant, ça n’a pas marché, et elle veut repartir proprement. Blaise l’accepte avec son cœur. Mais il sait que sa famille, elle, raisonne aussi en cases, en coutumes, en “tampons”.
Il se retrouve donc entre deux vérités : la peur légitime de Prisca face à une cohabitation sans statut, et la rigidité de sa famille qui voit la règle comme non négociable.
4) Chez les parents de Prisca, Blaise comprend que ce sera un bras de fer
Blaise veut faire les choses correctement. Il se rend à Lemba, s’assoit, salue, explique qu’il est sérieux. Il parle de son projet de foyer… puis expose la règle : quatre ans chez sa mère.
La réponse tombe vite. Les parents de Prisca refusent. Pour eux, aucune fille ne part vivre chez un homme “en concubinage”, même si elle a un passé. Leur logique est simple : la dignité ne se négocie pas. Si l’homme est prêt, il vient demander la main, on s’accorde sur des étapes, on officialise. Point.
Le père reste calme mais ferme : pas question de déposer leur fille dans une maison où elle peut devenir “une femme gratuite” ou être traitée comme une domestique. La mère parle avec le cœur : elle a trop vu des jeunes femmes se perdre dans des cohabitations sans statut, puis être renvoyées comme si elles n’avaient jamais compté.
Blaise rentre à Binza avec une impression étrange : il n’a pas été humilié, au contraire, il a rencontré une cohérence. Mais il voit clairement le mur : sa famille ne veut pas lâcher la tradition, et la famille de Prisca ne veut pas lâcher la protection de leur fille.
5) Le vrai nœud : l’amour, la peur, et les soupçons
Prisca propose une solution simple : chacun reste chez soi — elle à Lemba, lui à Binza — ils se fréquentent, se préparent, puis se marient quand c’est prêt. Blaise comprend. Mais chez lui, le mariage n’est pas seulement l’affaire de deux personnes : la mère, les frères, les oncles, tout le monde pèse. Et la “période test” est devenue une bénédiction obligatoire.
Blaise souffre quand Prisca évoque l’abandon possible. Il assure que ce n’est pas son plan. Pourtant, il se demande aussi : s’il cède totalement à sa famille, ne va-t-il pas casser quelque chose de précieux chez Prisca ? Car une femme qui accepte en se sentant forcée commence déjà le couple avec une frustration silencieuse.
Mais s’il s’oppose à la tradition, il sait qu’un conflit familial peut empoisonner le couple dès le départ.
6) Une tradition qui exige “des preuves” et un futur qui se joue maintenant
Blaise écoute sa mère, comprend son désir de “protéger son fils”. Il comprend aussi la logique d’endurance. Mais il voit le danger : quatre ans, c’est long. C’est le temps de se lasser, de s’éteindre, d’être jugée chaque jour sur la cuisine, le ménage, les réponses, les habitudes. Même une bonne fille peut se briser dans une maison où elle n’a pas de statut.
Et Blaise n’arrive pas à avaler l’argument de “pureté” brandi contre Prisca alors qu’il a lui-même un passé. Plus il y pense, plus il se dit qu’une tradition qui humilie ou qui met une femme en insécurité peut finir par détruire ce qu’elle prétend protéger.
7) Ce que Blaise ressent : il l’aime, mais il refuse de trahir
Blaise voit en Prisca une femme stable, intelligente, tournée vers l’avenir. Il estime qu’elle coche l’essentiel : respect, vision, douceur, sérieux. Elle respecte même l’existence de sa fille.
Mais il sait aussi qu’il est fils d’une famille “collective”. S’il passe en force, la paix familiale peut se casser. Et il redoute un couple qui démarre avec une guerre en arrière-plan.
En même temps, poser un ultimatum à Prisca — “quatre ans chez maman ou rien” — lui donne l’impression de la transformer en victime d’un système. Il ne veut pas l’épouser sous pression. Il veut l’épouser dans la joie.
Alors il cherche une sortie où personne n’est humilié.
8) L’impasse : trouver une formule avant que l’amour s’use
Blaise et Prisca continuent de parler sans se déchirer. Ils se comprennent, mais la compréhension ne suffit plus : il faut trancher. S’ils traînent, les soupçons vont grandir des deux côtés : sa famille dira qu’elle le manipule, la sienne dira qu’il la garde sans l’épouser.
Blaise se retrouve face à une question simple et dure : qu’est-ce qu’une tradition vaut quand elle commence à écraser la personne qu’on aime ? Il refuse de jeter sa mère au feu. Il refuse de sacrifier Prisca. Il veut un foyer qui démarre dans la clarté : une femme respectée, et une famille considérée.
Conseils à retenir selon l’histoire
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Chercher une solution officielle plutôt qu’une cohabitation floue : fiançailles claires, étapes définies, engagement public (et si possible un cadre écrit) protègent mieux que “viens d’abord”.
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Parler à la mère avec respect, mais avec fermeté : une tradition peut évoluer quand elle crée de l’insécurité ou risque de casser le futur foyer.
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Ne pas minimiser la peur de Prisca : elle n’invente pas, elle se protège — et un mariage solide commence par la sécurité émotionnelle des deux.
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Remplacer “l’épreuve” par une alternative digne : période de préparation encadrée, rencontres régulières des familles, médiation d’un aîné respecté, accompagnement prémarital (église/coach/conseiller), plutôt qu’un test de 4 ans sous le même toit.
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Refuser les critères humiliants : baser la valeur d’une femme sur une “preuve” intime crée de la rancœur et de l’injustice — et fragilise le couple au lieu de le protéger.
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Si aucun compromis n’est possible : mieux vaut arrêter proprement, avec respect, que commencer un mariage dans la frustration et la guerre froide.

